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Métier

Afin de mieux me connaître
LE PEINTRE EN DÉCORS : UN MÉTIER D'ART

En France, l’artisan d’art est un professionnel qui exerce une activité comprise dans la Nouvelle liste des 198 métiers et 83 spécialités, soit 281 activités recensées au total  (arrêté en date du 24 décembre 2015 et publiée au Journal Officiel le 31 janvier 2016). Il ne s’agit pas d’un statut juridique à part entière ni d’une activité proprement dite, mais d’une reconnaissance professionnelle.


Qu’est-ce qu’un métier d’art ?
Selon l’article 22 de la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014 relative à l’artisanat, au commerce et aux très petites entreprises « Relèvent des métiers d’art, […] les personnes physiques ainsi que les dirigeants sociaux des personnes morales qui exercent, à titre principal ou secondaire, une activité indépendante de production, de création, de transformation ou de reconstitution, de réparation et de restauration du patrimoine, caractérisée par la maîtrise de gestes et de techniques en vue du travail de la matière et nécessitant un apport artistique. »

Définir en quelques phrases le métier de peintre en décor est une tache ardue, tant la gamme de ses activités est variée. Cet artisan d’art exerce, sur une infinité de supports, des tâches tout aussi diversifiées, ayant trait au décor peint. Pour faire simple, on pourrait dire que son champ d’action le situe entre le peintre en bâtiment et l’artiste peintre mais cette affirmation est réductrice et ne renseigne en rien sur la nature de ses activités.

Le peintre en décor intervient sur toute surface susceptible d’être peinte, que ce soit des sur les murs intérieurs ou extérieurs d’une maison particulière, selon l’aspiration formulée par le client, particulier, entreprise ou donneurs d’ordres (architectes d’intérieur ou décorateurs) requérant ses services.

Il peut aussi peindre des motifs d’ornementation (ou des lettres) de tous styles sur la devanture d’un magasin, des faux marbres ou de fausses pierres dans un hall d’hôtel ou d’un immeuble ancien à rénover, du  trompe-l’œil architectural sur le plafond d’une église, ou encore des patines sur un meuble ou dans un salon, des animaux ou des super-héros  dans une chambre d’enfant !…

Il peut aussi exercer dans le milieu du spectacle : décors de théâtre ou de cinéma, voire d’opéra, tout autre évènement musical ou bien encore dans des palaces « cinq étoiles », ou encore sur du mobilier urbain ou intégrer par exemple les « points noirs paysagers » à l’environnement.

Une telle diversité conduit souvent ces professionnels à se spécialiser, tant pour l’exécution technique que par les contraintes matérielles que cela impose, certains peintres évoluent à plusieurs dizaines de mètres sur des échafaudages, voire en rappel le long d’une paroi ; quand d’autres se perfectionnent dans le très petit détail ou dans la restauration de décors anciens souvent magnifiques, mais non classés ou inscrits au titre des monuments historiques. (Tout site ou objet nécessite alors  l’intervention d’un  restaurateur d’œuvres d’art).

De part cette diversité, l’étendue des savoir-faire requise est elle aussi non exhaustive : imitation de matières (bois, pierre, marbre…) plus ou moins patinés par le temps d’où la connaissance de techniques picturales particulières : glacis, estompages… connaissance des théories des couleurs, des lois de la perspective, mais aussi des différents supports sur lesquels cet artisan du « faux » est amené à peindre afin que les œuvres perdurent. Une connaissance minimale en Histoire de l’Art est indispensable enfin, afin de proposer une réponse adaptée à la demande, voire apporter  des conseils avisés dans l’élaboration du projet en sauvegardant une harmonie encore trop souvent sacrifiée.

Le peintre en décors doit pouvoir représenter de manière idéalisée ou réaliste un paysage d’après une photographie ou en s’inspirant d’œuvres connues, d’éléments architecturaux  intérieurs ou extérieurs : colonnes, chapiteaux, bas reliefs… Il doit savoir réaliser des motifs d’ornementation classiques pouvant s’harmoniser avec tous les styles, de la haute Antiquité jusqu’à l’Art Déco, d’où un minimum de connaissances en histoire de l’art, qu’il doit acquérir et par la suite cultiver tout au long de sa carrière professionnelle.

Les apprentissages délivrés peuvent enfin s’étendre à la dorure à la feuille, ou encore aux techniques de peinture ou  d’enduits à la chaux, telle la fresque.

MA PHILOSOPHIE DU MÉTIER

Peintre en décor depuis peu, à l’issue d’une formation et d’une reconversion volontaire, j’ai depuis toujours cultivé une passion pour la peinture.
En effet je suis tombé tout petit dans le dessin et la couleur, depuis les bancs de l’école maternelle. Une chute sans gravité… (et apesanteur) avec cependant des séquelles à vie ! Mes premiers croquis rencontraient l’enthousiasme, j’ai donc persévéré toute mon enfance. L’adolescence et les débuts dans la vie active n’auront pas raison de ce qui devint une passion, pratiquée en dilettante jusqu’à il y a peu. Pendant ces années je n’eus de cesse d’apprendre avidement les techniques pour peindre et dessiner, lisant beaucoup (ouvrages sur l’Histoire de la peinture, les techniques, les grands peintres) et « aiguisant » mon œil (les deux en fait !).
La peinture sur papier puis sur toile m’amenèrent au décor de théâtre amateur. Ce qui me familiarisa avec les grands formats, et en parallèle l’envie grandissante de convertir cet auto-apprentissage en autre chose.
Les nouvelles technologies de l’information ont cette faculté d’ouvrir les horizons, les plus radieux comme les plus sombres hélas. C’est par l’internet que je découvris la profession de peintre en décor, une véritable révélation. Je franchis le Rubicon, sautait le pas. Les sept mois de formation furent un condensé de ferveur et d’enthousiasme quant à l’enseignement délivré. Mon engouement pour la peinture y trouvait tout son sens.

La dimension artisanale du métier me sied totalement, j’ai durant des années tenté de reproduire ce que je voyais, ce qui diffère en ce point de la pure démarche de l’artiste, qui compose une interprétation de ce qu’il voit, hyperréalistes y compris.

En ce sens je me projette plus facilement dans l’œuvre de Monet qu’en celle de Cézanne, ces deux géants de l’Impressionnisme. Le second disait du premier qu’il n’était « qu’un œil ! …mais quel œil ! ». Cézanne est pour sa part l’un des précurseurs du Cubisme, un regard tout différent, mais quel regard !
Difficile aujourd’hui d’amalgamer Art et Artisanat, fût-il d’art, et pourtant… l’Histoire de l’art les confond dans le même creuset, que ce soit dans l’antiquité grecque, à Pompéi ou au Quattrocento (début de la Renaissance italienne). C’est par la suite, au 18e siècle qu’une fracture intervient. Les Beaux Arts sont alors l’apanage de l’artiste, en ce sens qu’il serait doué de génie. Pourtant en ce même siècle Boileau (1) écrit en parlant de l’art poétique :
« Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse, et le repolissez, Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. », « Le génie est une longue patience » disait pour sa part Buffon (2).

Avec les arts décoratifs, puis le Bauhaus, célèbre école allemande et l’émergence du design, le 20e siècle tente de redonner son sens initial au mot art : tecknè, en grec ancien, c’est-à-dire une technique. Maîtriser un art c’est posséder une habilité particulière dans un domaine, aptitude acquise plus surement qu’innée… et quand bien même animée, entretenue, travaillée. Les artistes et les artisans d’art le savent bien, n’en déplaise à quelques puristes infertiles.
Imiter c’est souvent mieux ressentir, comprendre donc apprendre. Et là est l’Essentiel…
« La tendance naturelle de l’esprit humain est de croire avant de savoir. »
Gaston Bouthoul (3).

(1) Nicolas Boileau, dit aussi Boileau-Despréaux, (né le 1er novembre 1636 à Paris et mort le 13 mars 1711 à Paris, est un poète, écrivain et critique français. (cf wikipédia).
(2) Buffon : Georges-Louis Leclerc de Buffon (1707 1788) : À la fois académicien des sciences et académicien français, il participa à l’esprit des Lumières et collabora à l’Encyclopédie, notamment en se chargeant des sciences de la nature. Ses théories ont influencé deux générations de naturalistes, en particulier Jean-Baptiste de Lamarck et Charles Darwin. (cf wikipédia).
(3) Gaston Bouthoul, né en 1896 à Monastir et mort en 1980 à Paris, est un sociologue français spécialiste du phénomène de la guerre.